Juin 2024

L’écologie est à la source d’un nouvel « ordre moral »

 

Ne vous méprenez pas, ce titre n’est pas flatteur pour son sujet et pourtant nous sommes, chez Fideas Capital, fermement engagés pour la transition énergétique et écologique, dans nos propos, comme dans nos actes de gestion Smart for Climate.

Mais nous sommes soucieux d’efficacité, plutôt que d’anathèmes, de faits et de comparaisons, plutôt que de légendes urbaines. Des faits, des chiffres, des efforts d’abord approuvés avant d’être jugés insuffisants, l’admission que toutes les solutions généralisables sont bonnes à employer, la conviction que la frugalité conviendra aux pays les plus riches, mais que la technologie prendra sa part.

C’est pourquoi les vindictes ciblées et approximatives, ou les deux à la fois, que pratiquent certains, militants, nous paraissent contre-productives. Elles font la promotion du message désespérant qu’il n’y a rien à faire, qui ne soit un remède pire que le mal, et celle d’un « tous pourris », qui, dans ce contexte comme dans d’autres, fait reculer plutôt qu’avancer.

Nous ne contestons pas que les efforts des gouvernements, comme des entreprises, comme du public, sont insuffisants face à l’enjeu. Mais il est des mises à l’index qui sont trop sélectives, donc démagogues. Comme si descendre la chaine de valeur, se rapprocher de notre quotidien, allait mettre en accusation le lecteur … et l’auteur.

  • Voyons d’abord le cas d’un site de conseil en épargne verte qui affirme en page d’accueil, « Le saviez-vous ? 2 200€ qui dorment sur un compte en banque polluent autant qu’un aller Paris-New York. ». Nous n’avons pas pu obtenir de précisions sur le mode de calcul, mais une simple règle de 3 en déduira que la somme des déposants français, avec 1 100 Mds€ environ, polluent autant que la France entière... C’est une tautologie ! Et que déduire de cette information ?

Nous avons aussi un regard critique sur certains styles de propos.

Mettre en avant les impacts négatifs induits, parfois largement exagérés, des solutions mises en place, plutôt que le mérite propre de ces solutions. Rappelons qu’il ne s’agit pas de dire que les solutions transition sont à 100% “propres”, mais nettement moins “sales” que ce qui existe aujourd’hui et surtout porteuses de progrès dans le temps. Qu’il s’agisse de véhicules électriques dont les batteries polluent, oui c’est vrai, mais les véhicules thermiques aussi..., ou qui seraient seulement amorties en 150 000 km (rappel : cela dépend des types de véhicules et du mix énergétique dans un pays donné ; en France pour une voiture petite ou moyenne il suffit de 20 000 à 30 000 km pour que le bilan CO2 d’un véhicule électrique devienne meilleur qu’un véhicule thermique) ! Ou encore d’éoliennes qui ruinent le paysage, de moteurs ou turbines électriques exigeants en terres rares, …

  • A force d’exiger « toujours plus » dans la demande du « toujours moins » on finit par pousser au … « rien du tout » !
  • Quand la capture et le stockage de CO2 se voient accuser de n’être pas de l’élimination de CO2, le propos est doublement inexact. Hors de la photosynthèse, on n’élimine pas le CO2, donc, inutile de le laisser croire aux moins bien informés. Et, si c’est le climat qu’on veut protéger, la capture évite bien son impact climatique. Elle a d’ailleurs sa place dans les scénarios du GIEC ou de l’AIE.

Quand la France réduit ses émissions de 5,8% en 2023, on entend que cela n’est pas légitime parce que c’est l’effet d’une moindre croissance. C’est d’abord mensonger, car si le PNB avait décru de ce même pourcentage, on l’aurait senti passer. Mais l’amalgame fonctionne quand même ! C’est aussi incohérent, puisque les mêmes appellent à la décroissance.

Passons sous silence qu’à brûle-pourpoint, un de ces militants de la lutte contre les fossiles, estimera volontiers à 10% la part des fossiles restant dans la production primaire d’énergie en 2050. Le meilleur scénario du GIEC (Net zéro 1,5°C sans dépassement significatif) la place en moyenne à 30% !

Ceci nous amène en conclusion à une petite digression sur TotalEnergies, le sujet à la mode, 100ème anniversaire et commission sénatoriale obligent, qui ne doit pas être un bouc émissaire, moyen commode de s’exonérer.

Nous avions déjà noté, dans le passé, que Greenpeace attribuait pour 2022 à TotalEnergies 1,6 Gt CO2e d’émissions de GES. De nouveau, petite règle de 3 : les émissions mondiales totales de 2022 sont de 57,4 Gt CO2e dont 19 Gt CO2e pour l’agriculture et le charbon, dont TotalEnergies est virtuellement absent. Ainsi la part de marché implicite de TotalEnergies dans tout le reste, soit 28,4 Gt CO2e, serait de plus de 5,6%. C’est non cohérent avec sa part mondiale du seul marché des énergies fossiles de 2,4%. Ni cohérent bien sûr avec les déclarations de TotalEnergies, de l’ordre de 469 Mt CO2e pour la même période.

Ce n’est pas que TotalEnergies soit mieux qu’un leader relatif, dans un secteur d’activité dont on peut considérer qu’il est trop lent à changer, mais pourquoi ce ciblage facile et vendeur ? Tout n’est pas le fait d’un seul, et les émissions de TotalEnergies, sont pour une bonne part, le double compte de celles des utilisateurs, la fameuse « demande » dont TotalEnergies argue qu’il se doit de la satisfaire !

Des faits et des chiffres, des raisonnements construits, c’est ce dont nous avons besoin pour juger, apprécier, comparer et répartir le blâme !

Prenons par exemple d’autres indicateurs qui sont les Capex, et celles alignées à la Taxonomie et descendons d’une étape dans la chaine de valeur. Celles, non alignées qu’on reproche à TotalEnergies sont l’entretien des gisements existants et les nouveaux gisements, miroir de celles des constructeurs automobiles en nouvelles usines de voitures thermiques.

Loin de prétendre que TotalEnergies est un ange de vertu écologique – il réfute l’inutilité de nouvelles explorations et ses ventes sont très loin d’être encore alignées – il faut reconnaitre qu’en Capex, qui nourriront les ventes futures, il se compare honorablement aux constructeurs automobiles, qui, manifestement, investissent encore, sans être mis au pilori, dans des usines de voitures thermiques !

Pour tous ceux qui veulent se faire leur propre idée sur TotalEnergies, les rapports de la société sont complets, et les auditions au Sénat (enregistrées et disponibles sur YouTube par exemple), aussi bien des dirigeants de TotalEnergies, d’experts climat, de responsables politiques et de financiers, sont passionnants.

La transition est bien enclenchée, on peut en contester le rythme, qui dépend toutefois des choix collectifs, pas d’une seule entreprise. Et, pour faire des choix éclairés, il est indispensable que chaque décideur, chaque consommateur, chaque citoyen, puisse ne pas être influencé par les slogans souvent trompeurs, qu’il s’agisse de slogans trompeurs sur le caractère de décarbonation réelle d’une action, ou de ceux qui jettent l’opprobre ou la confusion sur des initiatives qui vont en réalité dans le bon sens.

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