Mai 2024

“Mon programme en trois points : premièrement la transition, deuxièmement la transition, troisièmement la transition”

Ce slogan aurait sans aucun doute pu être prononcé par Louis de Funès aujourd’hui, tant la transition est devenue le maître mot des entreprises, des Etats, des régulateurs et des financiers.

Mais... de quoi parle-t-on ? Et où on est-on de cette fameuse transition, au début, au milieu, ... ?

Pour y voir plus clair, commençons par le cocorico du rapport de la Fédération Bancaire Française publié il y a quelques jours et intitulé “Les banques françaises leaders du financement de la transition écologique”. Ce document apporte de nombreux chiffres intéressants sur le financement direct des énergies renouvelables et sur l’accompagnement des secteurs comme le transport (véhicules électriques) et le bâtiment (rénovations).

Le rapport insiste sur la transition du fossile vers les énergies renouvelables ; “aujourd’hui, pour 1€ de financement fossile, c’est 5€ qui financent la transition”. Ce ratio est servi par une hausse des financements des renouvelables et par une baisse de l’exposition aux énergies fossiles :

  • En 2023, les encours de crédits verts et durables des banques françaises se sont élevés à 337 Mds€, 4 fois plus qu’il y a 3 ans, dont 73 milliards d’euros de financement d’énergies renouvelables. 4 établissements français se classent dans le top 10 mondial sur ce segment.
  • L’exposition des banques françaises au secteur des hydrocarbures a diminué de 16% en 2023. Les énergies fossiles représentent moins de 0,75% des bilans et 1,7% des financements des banques françaises, Ainsi, les banques françaises ne sont plus dépendantes de ce secteur. Elles ont notamment été pionnières pour exclure le charbon thermique. En 2019, elles se sont engagées à en sortir totalement, en 2030, pour les activités dans les pays de l’OCDE, et en 2040, pour le reste du monde. L’exposition des banques françaises au secteur du charbon thermique est désormais négligeable : 2,2 Mds€, soit 0,02% du total de leurs bilans et 0,05% des financements. Alors même que le charbon thermique représente encore 26,7% de l’énergie consommée dans le monde et 36% de la production électrique mondiale (source : AIE 2022).

 

Au vu de ce rapport, la transition semble bien avancée.

Un autre rapport, rédigé par l’association Climate Chance, fait le point, au niveau mondial, sur la transition des entreprises, et donne “un bilan global sur les progrès collectifs accomplis depuis 2015”, date des accords de Paris. Ce long (132 pages) et passionnant rapport, qui mérite d’être lu, donne une perspective de moyen terme sur les grands secteurs de l’économie, l’industrie, le bâtiment, les transports, l’usage des sols, etc. Il a été présenté cette semaine lors d'un webinaire organisé par le Citepa, que nous remercions pour cette initiative.

En résumé, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à s’engager sur des objectifs de type net zéro en 2050, à valider leurs objectifs avec SBTi, mais les démarches de transition sont encore très loin du compte :

  • De 28 en 2015 à 4 230 en décembre 2022, le nombre d’entreprises engagées dans une démarche de validation de leurs objectifs de réduction d’émissions par la Science-Based Target initiative (SBTi) a connu une croissance exponentielle. Désormais, 34 % de l’économie mondiale, exprimée en valeur boursière, est engagée auprès du SBTi !
  • Malgré tout, la crédibilité des plans de transition est faible : “À l’échelle mondiale, moins de 0,4 % des entreprises présentent un plan de transition crédible selon le CDP.” “A partir des réponses apportées à un questionnaire par plus de 18 600 entreprises dans le monde. Parmi elles, 4 100 affirment avoir développé un plan de transition aligné sur une trajectoire 1,5 °C. Or, seules 81 entreprises ont été en mesure de répondre aux 21 indicateurs clés réclamés par le questionnaire en 2022 ; c’est moins qu’en 2021, où 135 entreprises avaient répondu aux attentes, alors même que le nombre d’entreprises répondant au questionnaire a augmenté de 40% en 2022. Les entreprises répondantes se sont montrées particulièrement faibles en matière de planification financière de leur plan de transition (3%), de fixation d’objectifs alignés sur la science (4 %) et de stratégies pour atteindre le net zéro (7%).” “À quoi le CDP reconnait-il un plan de transition crédible ? Dans sa note technique qui décrit la méthodologie du questionnaire, le CDP affirme que sa définition d’un « plan de transition climat » est alignée à 100 % sur la méthodologie ACT – Assessing low-Carbon Transition®, une initiative lancée conjointement avec l'ADEME en 2018.”

 

Ce qui est frappant, c’est l’écart entre la transition perçue par les entreprises et la réalité de leurs engagements. Si bien qu’on se demande si on parle bien de la même chose quand on prononce le mot transition.

Cédric Ringenbach, créateur de de la Fresque du Climat et fondateur de l’entreprise Blue Choice, a ainsi été frappé, lors des debriefings de la Fresque chez nombre de grandes entreprises, de l’incompréhension de ce que cela représentait de définir une stratégie de transition. Il ne s’agit pas seulement de savoir si une activité peut être décarbonée, par plus d’énergies renouvelables ou des processus industriels optimisés, mais aussi de se projeter dans un monde bas carbone pour s’interroger sur la pertinence même de ses produits et services. C’est l’étape de “vision”, essentielle dans la définition d’un plan de transition.

Cédric prend ainsi l’exemple du cornichon. Vous êtes aujourd’hui un producteur de cornichon et devez réfléchir à vos investissements dans l’hypothèse où l’économie devient réellement bas carbone. Faut-il investir aujourd’hui pour accroître massivement la production de cornichons ? La première réponse est toujours la même : évidemment oui, car produire des cornichons n’émet pas de carbone, donc on peut y aller ! La question qui se pose alors est de s’interroger sur les déterminants de la demande de cornichons. La plupart des gens mangent des cornichons avec de la charcuterie, avec de la raclette, etc. Or, comme vous le savez, l’élevage est l’activité agricole la plus émettrice de gaz à effet de serre. Donc, dans un monde bas carbone, la demande de cornichons devrait baisser... et il convient donc de ne pas investir aujourd’hui pour augmenter sa production, car de tels investissements risquent de ne pas être rentables. Cet exemple est naturellement simpliste, mais parlant. Au cours de ses ateliers, Cédric interroge donc les dirigeants sur leurs activités de type “cornichons”. Cette question est essentielle et n’est presque jamais traitée. Si La Fresque du Climat est une première étape dans la sensibilisation des entreprises aux enjeux climatiques, Blue Choice a décidé aujourd’hui de développer des ateliers spécifiques pour que les entreprises s’interrogent sur la réelle transition de leur business model.

Il y a quelque temps, nous présentions l’entreprise Sika qui a développé une réelle stratégie bas carbone. L’entreprise a développé des ciments bas-carbone, plus onéreux, dont la demande pourrait croître fortement dans un monde de forte augmentation du prix du carbone.

La transition, c’est une prise de conscience, des chiffres transparents, des objectifs, mais aussi une démarche stratégique et financière que peu d’entreprises ont véritablement enclenchée.

Source : Climate Chance, Observatoire Mondial de l’Action Climat, Bilan mondial de l’action climat 2023); L’association Climate Chance et son observatoire sont notamment soutenus par le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères, le Ministère de la Transition Ecologique, l’ADEME, Enerdata, CDC, AFD, les Fondations Michelin, BNP Paribas, Schneider Electric

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