Juin 2025

 

Thermador Groupe

Guillaume Robin est président directeur général de Thermador Group

Le groupe Thermador est spécialisé dans la distribution de matériel et de solutions innovants pour la circulation des fluides dans le bâtiment, les travaux publics et dans l'industrie. Ces métiers sont au cœur de la transition : que cela soit évidemment les équipements de pompe à chaleur, le comptage d'eau et d'énergie, etc. Ces activités sont peu émissives mais le challenge réside dans la réduction du scope 3 (95% de l’empreinte carbone), en adaptant et en innovant sur la gamme de produits et en embarquant les fournisseurs.

Nous nous engageons dans la transition pour 4 types de raisons :

  • Nous sommes une équipe de dirigeants depuis une dizaine d'années personnellement convaincus que nous avons un devoir à titre individuel, mais également à titre de chef d'entreprise, de faire bouger les choses puisque on est en train de préparer le monde de demain pour nos enfants.
  • Ensuite, nous avons un devoir économique, vis-à-vis de nos actionnaires. Vous avez parlé tout à l'heure du risque que présente le coût du carbone. Tous les ans, on fait le calcul, on prend une hypothèse de coût du carbone et on dit est ce qu'on est encore rentable. Et donc il faut qu'on soit en mesure de montrer à nos actionnaires le risque, c'est un devoir.
  • Troisième point, pour faire court, on a vraiment la conviction que si on veut être capable de recruter demain, nous devons avoir un discours que les jeunes soient en capacité d'entendre, qu’ils aient envie d'entendre.
  • C'est vrai aussi qu'on a quelques clients qui deviennent de plus en plus exigeants, et notamment des sociétés cotées, puisqu'on a comme clients le groupe Saint-Gobain au travers de ses filiales de distribution et le groupe Rexel.

Donc aujourd’hui, dans notre métier de distributeur, nous sommes un peu en avance sur le sujet. Et c'est clairement un avantage compétitif, qui peut nous permettre d'être retenus sur ces critères-là sur des appels d'offres. De manière générale, la transition, c'est une question de différenciation. Nous souhaitons être différents vis-à-vis de nos clients. Nous souhaitons être différents vis-à-vis des personnes qu'on recrute et vis-à-vis des parties prenantes. Si aujourd'hui la SICAV ACT for Climate s'intéresse à nous, c'est que on doit être un petit peu différent des autres, donc tout ça, ça fait partie de nos motivations profondes.

Nos objectifs financiers de long terme et de réduction de CO2 sont parallèles. Tout d'abord, nous n'avons jamais promis de riaser gratis en 2050. On a souvent entendu des entreprises dire qu’en 2050 tout ira bien, et quand j'entendais ça de la part de dirigeants qui manifestement ne seraient plus là en 2050, j’ai trouvé que l'engagement était un peu osé. Donc on n’a jamais fait ça. Nous, on a un engagement 2030, d'une réduction d'intensité carbone de 17%. Elle peut paraître peu ambitieuse, mais en fait elle est très ambitieuse, parce que nous dépendons de 800 fournisseurs. Il va donc falloir que nous accompagnions ces 800 fournisseurs dans cette transition parce que si nos fournisseurs ne sont pas en mesure d'améliorer leurs performances produits, nous ne pourrons pas réduire notre impact carbone puisque nos produits en tant que distributeur pèsent 95% de l'impact.

Avec ces 800 fournisseurs, on a 70 000 articles dans le groupe Thermador, donc il faut choisir des gammes qui sont impactantes. Faire évoluer une gamme pour diminuer son impact est un travail long terme qui inclut de l’éco-conception. Et ensuite il faut la mettre sur le marché, en général avec un niveau de prix qui est légèrement plus élevé que ce qui existe aujourd'hui en expliquant notre démarche aux clients. C'est ce qu'on est en train de faire concrètement sur une gamme de vannes à sphère (vannes quart-de-tour avec le manche rouge), puisqu'on est un intervenant majeur des vannes à sphère en France.
Dès que vous descendez dans les sous-sols, vous en voyez partout et il s'en vend énormément en France. Pour faire sortir cette vanne, il a fallu l'éco-concevoir avec un cabinet de design, avec nos propres équipes et ensuite embarquer le fabricant sur la manière de produire cette vanne et sur le développement d’une gamme avec plusieurs diamètres ; et ensuite faire l'investissement financier pour la mise en stock et la commercialisation. Et cette introduction sur le marché a l'air de bien se dérouler !

Donc c'est un travail de Titan quand on doit imaginer ça sur 70 000 articles ! C'est pour ça qu'on est quand même assez humbles par rapport à notre capacité à faire bouger les choses parce qu'il va falloir embarquer tout le monde. Il y a des fournisseurs qui vont s'auto-embarquer, ceux qui vont être soumis à CSRD dans quelques années. Mais certains fournisseurs, il va falloir que ça soit nous qui les embarquions.

Nous avons des produits qui sont au cœur de la transition, comme la pompe à chaleur, le panneau solaire hydraulique ou le plafond rayonnant. On a la chance ou on a peut-être eu le nez d'avoir été et d'être aujourd'hui un équipementier sur les pompes à chaleur très important en France. C'est manifestement un produit qui est dans le sens de l'histoire, donc on doit continuer à développer les gammes autour des pompes à chaleur. Même si on constate une baisse des ventes en 2024, on sait qu'à long terme c'est quelque chose qui va être amené à remplacer les chaudières fioul et à gaz. Nous avons également mis sur le marché des panneaux solaires hydrauliques, aidés par le financement de l'État. Bon, aujourd'hui, il y a un petit peu de difficultés, mais à long terme, ça jouera aussi. On propose des systèmes de climatisation sans clim avec circulation d'eau froide, qui sont extrêmement vertueux même s’ils sont un peu complexes et onéreux à mettre en place.

Donc, tout ça, ce sont des produits qui, typiquement, ont un impact évité. Alors cet impact évité, on ne l'a pas encore calculé, ça fait partie des travaux qu'on doit mener pour être en mesure de dire à nos actionnaires, voilà, tous ces produits qu'on met sur le marché vont permettre de réduire l’empreinte carbone.
 

Dernier exemple, les compteurs de calories, d'énergie. J'en parlais tout à l'heure parce qu'à partir du moment où on compte, on commence à prendre conscience et on peut mener des bonnes démarches pour économiser.

 

Séché Environnement
 
Pierre-Yves Burlot, directeur du développement durable du groupe Séché Environnement.

Séché Environnement est un groupe familial avec une très belle croissance depuis 40 ans, qui propose à ses clients des solutions innovantes pour accélérer leur transition écologique, que ça soit la gestion de déchets industriels, ménagers et médicaux, la réhabilitation de sites et de sols pollués ou encore le traitement des eaux individuelles, jusqu'à la fourniture d'énergie bas carbone.

Le groupe Séché Environnement est un acteur de l’économie circulaire des déchets, notamment les déchets dangereux. C'est vraiment une de nos spécificités quand on nous compare aux grands acteurs du secteur, que ce soit Veolia, Suez, Paprec ou Derichebourg. On a 2 grandes différences :

  • La première, c'est qu'on est plus petit. Effectivement, on fait un milliard de chiffre d'affaires
  • La seconde différence, c'est qu'on a une spécialité très forte sur les déchets dangereux, qui représentent plus de 80% de nos activités. Chez nos concurrents, ce n'est en général pas plus de 20% voire 0% pour certains. Donc travailler avec les déchets les plus complexes est vraiment un focus du groupe.

Un déchet est dit dangereux quand il répond à des caractéristiques techniques spécifiques qui peuvent être reprotoxiques, cancérigènes, mutagènes, perturbateurs endocriniens, explosif, inflammable, etc. En bref, autant de substances de capacité de réaction qu'on n’aime pas forcément côtoyer dans la vie de tous les jours. Et cette complexité, c'est la spécificité du groupe Séché.

En ce qui concerne nos enjeux climat, effectivement, on a un scope un 2 qui est majoritaire contrairement aux autres entreprises en général. Et pour comprendre le bilan de gaz à effet de serre de de Séché, il faut comprendre l'impact CO2 du déchet. Les émissions de déchets sont le contenu carbone qui est contenu dans le déchet qu'on va recevoir. En fait, on a deux grandes familles de gaz à effet de serre émis par nos activités.

Je vais commencer par la partie la plus simple, le carbone fossile issu du plastique qui va en brûlant, en étant incinéré, se dégager. Par exemple, on est un spécialiste des déchets dangereux liés au monde hospitalier, des déchets de soins à risque infectieux qu'on a beaucoup vus pendant la crise sanitaire. Ces déchets sont fortement composés de plastique. Il y a une obligation d'élimination, on n’a pas le droit de recycler ce type de déchets, parce qu'ils sont biologiquement problématiques et donc quand on va incinérer. On va alors émettre du CO2 qui est contenu dans le plastique fossile, c'est la première source d’émission du groupe Séché, c'est le contenu fossile du déchet qu'on reçoit avec un contenu fossile qui est incompressible dans la mesure où une bonne partie des plastiques dans le monde hospitalier sont inévitables. Je pense notamment aux poches de sang à usage unique. Et puis encore une fois, on a une obligation de destruction et une problématique d'incompressibilité à la source, sur certains types de déchets.

Et puis on a d'autres types de gaz à effet de serre dans nos métiers, notamment liés à la fraction cette fois-ci organique de déchets. Il s’agit notamment de la matière contenue dans les déchets alimentaires, ce qu'on appelle le carbone biogénique qui a un cycle court du carbone, contrairement au carbone fossile qui a un cycle long. Quand elle va se dégrader, se décomposer, cette fraction biogénique va créer un méthane qui est un facteur d'émission 30 fois supérieur au CO2 et qu’il faut donc essayer de capturer.

Au total, on émet des gaz à effet de serre et donc effectivement la stratégie du groupe Séché, c’est de travailler sur ces 2 grands enjeux : comment d'une part on va réduire les émissions fossiles liées à la combustion de déchets, et par ailleurs, comment on va capter au maximum le méthane issu de la décomposition des déchets qu'on va recevoir.

Oui, on a beaucoup de camions, d'usines qui tournent avec des moteurs qui utilisent de l'énergie, parfois de l'énergie fossile parfois de nos propres énergies ; mais, en fait, cette part de nos émissions est très faible par rapport aux émissions conduites dans les déchets qu'on reçoit et donc tout l'enjeu la décarbonation du groupe Séché est posé sur ce panorama-là.

On a lancé un plan de décarbonation en 2021 avant qu'on parle de CSRD de manière très forte, avant même qu'on entende parler de plans de transition. A l'époque, on n’avait pas la chance d'avoir la méthodologie ACT. Il y avait SBTI, donc on s'est fait certifier par SBTI sur notre engagement. On a donc une stratégie à 2030 qui a été lancée à cette époque pour réduire nos émissions ; on avait un premier palier à 2025 qui était de moins de 10%, et puis un deuxième à 2030 qui était de moins 25%. On a réussi le premier en avance, on a atteint moins 11% en 2024.

Donc on est confiant sur l'atteinte des objectifs moyen terme. Donc ça, c'est notre premier enjeu : comment on va se décarboner et je pourrais rentrer dans le détail des actions pour y parvenir.

Et puis on a un second enjeu qui est de savoir comment on va aider nos clients à se décarboner, parce que vous l'avez compris, les émissions de Séché sont les émissions des déchets que l'on collecte et que l'on traite. Ces émissions représentent en partie les émissions de ce qu'on appelle le scope 3 de nos clients, notamment le poste de gestion de déchets. En travaillant sur la réduction de nos propres émissions, on va décarboner la partie gestion de déchets de nos clients et donc là encore, on offre des solutions de décarbonation pour nos clients.

Alors bien sûr, ils s'appuient sur nos propres points de transition pour réduire leur scope 3, mais on va aller plus loin que ça. On va leur produire de l'énergie sur déchets. Quand on passe d'une énergie fossile à une énergie sur déchets, on va réduire les émissions de CO2. Il y a différents types d'énergie issus de déchets. Nous, on produit de la chaleur, de la vapeur, de l'eau chaude, de l'électricité, notamment avec les dispositifs qui ont été mis en place historiquement par l'ADEME. Mais on profite aussi de la matière issue de déchets : on va recycler des matériaux, alors en général, quand on est un bon citoyen, on connaît bien les déchets ménagers, la poubelle jaune, le plastique, le carton, le verre, ça on le fait. Mais ce n'est pas notre spécialité. Là on va être un spécialiste sur les matières dangereuses et typiquement, il y a une matière qui se recycle techniquement, avec beaucoup d'expertise, ce sont les solvants.

Les solvants sont utilisés massivement dans l'industrie, dans la chimie, dans la pharmacie. Aujourd'hui, ces solvants sont majoritairement importés, notamment d'Asie, avec des processus de transformation de matières fossiles qui sont très consommateurs de CO2. Ils sont importés en Europe et utilisés dans les processus chimiques. Ensuite, une fois souillés, les solvants émettent une seconde fois lors de leur destruction. Le groupe Séché est aujourd'hui un leader européen de la régénération des solvants. Il y a 20% des solvants en Europe qui sont recyclés, 80% qui sont importés de matières vierges. Et on est aujourd'hui un des spécialistes sur ces recyclages de pointe. Pour vous donner un ordre de grandeur, un solvant régénéré, c'est 5 fois moins d'émissions qu'un solvant vierge ! On va donc réduire tout de suite le scope 3 de nos clients en le divisant par 5 sur son poste achat de matières. Et je ne parle même pas de la partie incinération de solvants, qui l'évite également.

Donc, en plus de notre stratégie de décarbonation en interne, on a un plan pour augmenter notre capacité à décarboner nos clients. Et c'est effectivement pour nous un vrai enjeu stratégique de développement. Donc on voit bien comment concilier croissance et réduction d'impact.

On est soumis à CSRD depuis l'exercice 2024, avec une première publication en mars 2025, avec un rapport de durabilité qui est effectivement assez costaud !

On a lancé notre premier plan de décarbonation en 2021 sur SBTI. On a voulu une méthode qui soit plus robuste, qui nous permette de voir plus loin et qui nous permette aussi d'embarquer l'ensemble de notre direction générale dans cette stratégie. On a donc choisi la méthode ACT qu'on a mis en œuvre à partir de l'été 2024, pour une fin mi-2025. Cette méthode nous a donné plusieurs choses.

  • Elle nous a permis, d'une part d'embarquer effectivement l'ensemble de l'équipe dirigeante autour de notre vision.
  • L'ADEME demande de faire un autre exercice qui est vraiment très intéressant, c'est la projection à 2050 sur des scénarios de transition. Et ça, c'est assez exceptionnel pour identifier la manière dont les différents métiers d'entreprise peuvent évoluer d'ici 2050. Et le groupe Séché, c'est entre 20 et 30 métiers différents. Il y a des métiers qui vont décroître, plus ou moins fortement en fonction des scénarios. Il y a des métiers qui vont croître. Il faut être capable de se projeter sur ces 4 scénarios en se disant sur ces 30 métiers comment le besoin de la société en général évolue positivement.

C'est une forme de projection dans une réalité future qui nous a permis de poser des nouveaux rationnels dans la prise de décision, dans les d'investissements. Et c'est vraiment là où la méthode ACT va beaucoup plus loin en fait que l'exercice qu'on avait fait précédemment, avec une vision business plus stratégique, à beaucoup plus long terme de nos métiers et aussi de nos expositions internationales. En effet, a aussi croisé ça avec le développement des pays dans lesquels on est installé et cette capacité de la méthode ACT et des plans de transition sur les scénarios de 2050 a été vraiment très forte.

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