Février 2025
Le secteur de l’aviation est l’un des plus exposés au risque de transition climatique. L’Union européenne a intégré le secteur de l’aviation dans le mécanisme EU-ETS, son marché interne du carbone, avec des quotas d’émissions gratuits qui se réduisent depuis 2024. En 2023 les émissions de gaz à effet de serre du secteur sont presque revenues au niveau de 2019. Le secteur est en particulier responsable de 2,5% des émissions de CO2 mondiales. La trajectoire ne va donc pas dans le bon sens, notamment à cause d’un trafic aérien qui ne cesse de s’accélérer et de solutions de décarbonation loin d’être suffisamment déployées.
Le secteur aérien travaille sur plusieurs leviers de décarbonation :
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L’innovation technologique des appareils pour diminuer la consommation de carburant : celle-ci est mise en place depuis les années 1990 et a déjà permis des progrès phénoménaux. Au-delà d’un enjeu de décarbonation, c’est avant tout un enjeu économique, le coût lié à la consommation de carburant est en effet très important pour les compagnies aériennes : il représentait plus de 30% des dépenses d’exploitation en 2024. Ce levier pourrait représenter entre 10 et 35% des efforts (Rapport Waypoint 2050, ATAG) en fonction des investissements et des orientations stratégiques des entreprises.
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L’optimisation opérationnelle : cela concerne le facteur de charge des appareils, l’optimisation des trajectoires de vol, des manœuvres de roulage ainsi que des horaires de vols. Elle est progressivement mise en place grâce à l’apparition d’outils de software, mais doit être davantage déployée. Elle représente environ 10% des efforts de décarbonation.
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Le déploiement des carburants durables ou SAF pour Sustainable Aviation Fuels est un levier majeur de la décarbonation pour le secteur. Il représenterait entre 50 et 70% des efforts, car il permet de remplacer le kérosène issu des hydrocarbures. Les constructeurs aériens sont actuellement capables de construire des appareils avec 50% de SAF dans le mix de carburants, et visent des moteurs compatibles avec un mix 100% SAF d’ici 2030. Le problème majeur réside dans la consommation actuelle des compagnies aériennes, où le SAF représente moins de 1% du mix, principalement pour des raisons économiques: ils coûtent beaucoup plus cher que des carburants fossiles (facteur compris entre 3 et 10 selon l’Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne).
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Les crédits carbone, qui servent à compenser les émissions résiduelles, sont le dernier levier de décarbonation envisagé par l’industrie.

Source : Organisation de l'aviation civile internationale (ICAO)
La difficulté est immense pour le secteur car il requiert une forte collaboration sur l’ensemble de la chaîne de valeur, notamment pour assurer que la décarbonation du secteur aura bien lieu et que l’ensemble des objectifs fixés par les entreprises seront atteints. Prenons un exemple très simple : le déploiement des SAF. Aujourd’hui, la plupart des moteurs développés par Safran sont capables de supporter 50% de SAF dans le mix de carburants. Or les SAF sont des carburants beaucoup plus chers pour les compagnies aériennes, où les dépenses opérationnelles sont un enjeu clé de compétitivité. Celles-ci, bien qu’ayant des appareils compatibles, consomment donc extrêmement peu de SAF pour maintenir leurs objectifs de marges, ce qui a un impact sur le bilan carbone de Safran (scope 3 lié à l’usage des produits). Une plus forte collaboration doit être mise en place entre les compagnies aériennes, les producteurs de carburants dits «durables», les gouvernements…et les consommateurs qui vont devoir sans doute accepter de payer leurs billets plus chers pour assurer un déploiement régulier des SAF dans le mix de consommation.
Il est évidemment difficile de tracer une trajectoire de décarbonation pour le secteur sans évoquer la demande. Les hypothèses faites sur ce paramètre essentiel divergent en fonction des acteurs : l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale, qui rassemble les entreprises du secteur, mise sur une augmentation annuelle de 4,3% dans les vingt prochaines années. L’Agence Internationale de l’Energie quant à elle vise une augmentation de 3% par an, ce qui fait une augmentation de 240% d’ici 2050. Or jusqu’à présent, les efforts de décarbonation du secteur, réalisés grâce à l’optimisation des appareils en termes de consommation d’énergie ont en effet servi à diminuer les émissions en intensité (par kilomètre.passager), mais pas en valeur absolue. C’est là que réside sans doute l’angle mort de la trajectoire de décarbonation prévue par le secteur : si les leviers ne sont pas déployés au maximum, il n’y a aucune garantie que les émissions du secteur baisseront en valeur absolue… il semble donc légitime de poser la question d’un nécessaire ralentissement du trafic aérien.
Sources : Rapport Waypoint 2050 (ATAG), ICAO, EASA.
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